Casa de B. Alba
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Musique de PROTON BURST
R. : Prog, Metal & synths
Frank D. : Bass & Guitars
Mathias B. : Synths & Machines
Axël K. : Guitars

Production : Neutron Productions
Mix : Jean Marc Pinaud & R.
Artwork : « Le vol rouge », J. P. Schneider
Graphic : Marie Agnes Revert






Vous pouvez aussi vous procurer le CD en nous contactant.

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... ou les dessous d’une révolution



THALIA Theatre
Texte de Federico Garcia Lorca
Traduction : Fabrice Melquiot
Conception: Anne Barlind
en collaboration avec Fabio Barad, Madeleine Barbe,
Christian Bouyssoux et Olivier Nacfer

Musique: Proton Burst

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Prochaine représentation le 14 décembre 2007
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Une maison peuplée de femmes réunies pour un deuil ; derrière les volets clos, rien n’est dit, mais tout se sait. L’homme, absent, éveille les désirs et les frustrations. Au coeur de cette pièce se nichent le poids de l’éducation, de la religion, de la société, la liberté et l’oppression. Mêlant le verbe à un travail de recherche sur le corps, neuf danseurs-comédiens, huit femmes et un homme, célèbrent les noces torturées du texte et de la danse.
Le rock industriel de Proton Burst, groupe français des années 1990, véhicule des émotions teintées de solitude et de révolte. Leurs sons métalliques accompagnent et soulignent le texte de Lorca.





“DANS TOUTE PRISON, CARCAN, L’ÊTRE HUMAIN SE RÉVOLTE DE MILLE MANIÈRES DIFFÉRENTES. IL SE RÉVOLTE CONTRE L’INJUSTICE, LE NON AMOUR, LA SOLITUDE, ET CONTRE LA LOI DU PLUS FORT. IL MET EN JEU SA FRAGILITÉ CONTRE UN POUVOIR ABSOLU, IL POUSSE LES LIMITES JUSQU’À L’ABSURDE POUR
ENTREVOIR UN COIN DU CIEL”.


avec



Bernarda : Anne Barlind
Maria Josefa, Prudencia : Hélène Phillipe
La Poncia : Catherine Lenne
Angustias : Pascale Vignal
Magdalena : Ivana maria Sparti
Amelia : Eve Laudenback
Martirio : Pascale Paoli
Adela : Mitsou Doudeau
Pépé le Romano : Karl Paquemar









BERNARDA : Tu me sers et je te paie. C’est tout







AMELIA : Tu as pris ton médicament ?
MARTIRIO : Pour le profit que j’en tirerai !
AMELIA : Mais tu l’as pris ?
MARTIRIO : oui ! J’agis machinalement comme une horloge.
AMELIA : Depuis l’arrivée de ce nouveau médecin, je te trouve plus vive.
MARTIRIO : Je me sens pareille.

AMELIA : Tu as remarqué ? Adelaïda n’était pas au cortège.

MARTIRIO : Je le savais, son homme ne lui laisse pas mettre le nez dehors. Avant elle était joyeuse maintenant elle ne se maquille même plus.

AMELIA : Je ne sais pas ce qui vaut mieux : avoir quelqu’un ou n’avoir personne.

MARTIRIO : Mieux vaut ne jamais voir d’hommes. Petite déjà, j’en avais peur. Je les voyais dans la cour atteler les bœufs et charger les sacs de blé au milieu des jurons et des coups de pied et j’ai toujours eu peur de grandir et de me trouver un jour serré dans leurs bras. Dieu m’a faite laide et maigre et il les a écartés définitivement de moi.

AMELIA : Ne dis pas cela ! Enrique Humanas te courait après, tu lui plaisais.
MARTIRIO : Foutaises ! Une fois je l’ai attendu en chemise de nuit derrière ma fenêtre toute la nuit jusqu’à l’aube, parce qu’il m’avait fait dire qu’il viendrait, mais il n’est pas venu… Après quoi il s’est entiché d’une fille plus riche que moi.

AMELIA : Et moche comme un pou.

MARTIRIO : Et alors ! Ce qui compte pour eux c’est la terre, les bêtes et une chienne soumise qui leur donne à manger.



ANGUSTIAS : Mère, laissez-moi sortir !

MAGDALENA : Si vous vous disputez à propos du partage, toi qui es la plus riche, tu peux tout garder !
ANGUSTIAS : Tu ferais mieux de te taire

MAGDALENA : La pauvre ! C’est la plus jeune de nous toutes et elle aime la vie ! Je donnerais n’importe quoi pour la voir heureuse !

MAGDALENA : Si c’était Angustias, en tant que personne et en tant que femme qu’il venait chercher, je m’en réjouirais ; mais c’est son argent qu’il veut. Angustias est notre sœur d’accord… .On est ici entre nous, elle est vieille et rabougrie. C’est la moins bien de nous toutes. À vingt ans, on aurait dit un manche à balai en jupe, alors à quarante !!!!
MARTIRIO : Ne parle pas comme ça. La chance sourit à qui l’attend le moins.
AMELIA : Après tout c’est la vérité ! Angustias a tout l’argent de son père. C’est la seule fille riche de la maison, voilà pourquoi ils en ont après elle, maintenant que notre père est mort c’est l’heure des comptes !
MAGDALENA : Pépé Le Romano c’est le plus beau gars du coin. Ce qui serait normal, c’est qu’il s’intéresse à toi Amélia ou à notre Adela, au lieu d’aller choisir la plus insignifiante de nous toute, ...


LA PONCIA : Elle a sûrement quelque chose cette fille. Je la trouve inquiète, fiévreuse, effarouchée comme si elle avait un lézard entre les seins.
MARTIRIO : Elle a ce que nous avons toutes, ni plus ni moins.
MAGDALENA : Toutes, sauf Angustias.
ANGUSTIAS : Moi, je me trouve très bien, même si les autres en crèvent d’envie.
MAGDALENA : Pour ce qui est de la grâce et du tact, il faut bien le dire, elle n’a pas son pareil.
ANGUSTIAS : Heureusement, je vais bientôt sortir de cet enfer.
MAGDALENA : Ne t’avance pas trop (double sens, mouvement)
MARTIRIO : Arrêtez !
ANGUSTIAS : Et d’ailleurs mieux vaut un compte en banque bourré, qu’un corps bien roulé !!!










MARTIRIO : Ce que tu pourrais faire, c’est la teindre en noir !
MAGDALENA : Ou la donner à Angustias pour son mariage avec Pépé Le Romano !



ADELA : Non, je ne m’y ferais pas. Je ne peux pas rester enfermée. Je ne veux pas me dessécher comme vous. Je ne veux pas perdre ma fraîcheur entre ces quatre murs. Demain, je mettrais ma robe d’anniversaire et j’irais me promener dans la rue ! Je veux sortir !




Maria-Josefa : Bernarda, où est mon voile ? Je ne veux rien vous laisser à vous. Non. Ni mes bagues, ni mes toilettes. Parce qu’aucune de vous ne se mariera. Aucune ! Je me suis échappée parce que je veux me marier avec un beau garçon du bord de la mer….



Pépé Le Romano: « Tu sais que je te cours après, j’ai besoin d’une femme bien, sérieuse, et ça peut être toi si tu es d’accord ».


ANGUSTIAS : Je l’ai lu dans ses yeux. Elle a un regard de folle.
MARTIRIO : Tais toi. Ce n’est pas ici que l’on doit parler de folie !



ADELA : Laisse moi tranquille ! Que je dorme ou non, tu n’as pas à te mêler de mes affaires ! Je fais ce que je veux de mon corps !!!
ADELA : Ah sollicitude !!! Pour fouiner, oui ! Vous n’étiez pas en train de coudre ? Et bien continuez et arrêtez de me harceler !


ADELA : Arrête de me regarder ! Si tu le veux, je te donnerai mes yeux, qui sont clairs et mon dos qui est droit, mais baisse la tête quand je passe !

ADELA : Elle ne me lâche pas ! Elle vient dans ma chambre pour voir si je dors. Elle ne me laisse pas respirer. Et toujours « Quel dommage ce visage ! Quel dommage ce corps qui ne sera pour personne ! » Eh bien , non ! Mon corps sera à qui je voudrais !


ADELA : Je sauterais par-dessus ma mère pour éteindre ce feu en moi, dans ma bouche, entre mes cuisses !

LA PONCIA : Ne va pas contre les règles de la société !

ADELA : Occupe –toi de tes affaires sale fouine !!! Et quelle grande tendresse tu as soudain pour ma sœur !!!

LA PONCIA : Ne me provoque pas Adela, ne me provoque pas ! Je peux hurler, allumer les lumières et faire sonner les cloches !!!



MARTIRIO : Remercie le ciel que j’ai fait un nœud à ma langue.
ADELA : J’aurai pu parler moi aussi.
MARTIRIO : Et qu’est ce que tu aurais dit ? Quand on veut, on ne peut pas toujours.

ADELA :Moi, j’ai réalisé mes désirs. Toi, tu n’as pas osé.
MARTIRIO : tu n’iras pas loin.
ADELA : J’irai partout ! Il me veut chez lui !
MARTIRIO : J’ai vu comme il t’embrassait !
ADELA : Je ne voulais pas…Je me suis sentie comme tirée par une corde !
MARTIRIO : Plutôt te voir morte !



PRUDENCIA : Je ne sais que te dire. Moi, j’en souffre.
BERNARDA : Une fille qui désobéit n’est plus une fille. C’est une ennemie.







ANGUSTIAS : Je le trouve distrait. Il me parle toujours comme s’il pensait à autre chose. Et quand je lui demande ce qu’il a, il me répond que les hommes ont leurs soucis.
BERNARDA : Tu n’as pas à le questionner. Et quand tu seras marié encore moins. Parle s’il te parle et regarde-le quand il te regarde. Comme ça, il n’y aura pas de problèmes.
ANGUSTIAS : Mère, je crois qu’il me cache beaucoup de choses.
BERNARDA : N’essaie pas de les découvrir, ne le questionne pas et, bien entendu, qu’il ne te voie jamais pleurer.
ANGUSTIAS : Je devrais être heureuse et je ne le suis pas .







LA PONCIA : Si on ne veut pas voir la mer, il suffit de lui tourner le dos. Moi, je ne peux plus rien. J’ai voulu empêcher ce qui vient ; mais maintenant j’ai peur. Entendez-vous ce silence ? Le tonnerre gronde dans chaque chambre. Le jour où éclateront les tempêtes, toutes elles nous balaieront. J’ai dit ce que j’avais à dire.



MARIA-JOSEFA : Agnelet, mon enfant
Au bord de la mer, allons nous-en
La fourmi attendra sur son seuil
Moi, je te donnerai le sein puis le pain.
Bernarda, face de léoparde
Magdalena, face de hyène.
Agnelet, mon agnelet
Ni toi ni moi, nous ne voulons dormir.
La porte s’ouvrira d’elle-même
Et nous aurons sur la plage
Une cabane de corail.
Bernarda, face de léoparde
Magdalena, face de hyène
Agnelet mon agnelet.
MARTIRIO : Grand-mère !
MARIA-JOSEFA : Tu vas m’ouvrir la porte ? Qui es-tu ?
MARTIRIO : Comment êtes-vous sortie ?
MARIA-JOSEFA : Je me suis sauvée. Qui es-tu ? Ah tu es Martirio, je te reconnais Martirio, face de Martirio. Et quand auras-tu un enfant ? Moi, j’ai eu celui-là. Je sais bien que c’est un agneau. Mais pourquoi un agneau ne serait-il pas un enfant ? Mieux vaut un agneau que rien du tout….
MARTIRIO : Chut !
MARIA-JOSEFA : Comme j’ai les cheveux blancs, tu crois que je ne peux pas avoir d’enfants. mais si des enfants, des enfants, des enfants….Ce petit aura les cheveux blancs, tous avec des cheveux de neige, nous aurons tous les cheveux blancs, et nous serons de l’écume. Pourquoi n’y a t-il pas d’écume ici, Ici il n’y a que des voiles de deuil.
MARTIRIO : Chut !
MARIA-JOSEFA : Il faut que je m’en aille. Mais j’ai peur que les chiens me mordent. Tu m’aideras à sortir des champs ? Je n’aime pas les champs. Moi, j’aime les maisons, mais des maisons ouvertes. Pépé Le Romano est un géant. Vous le voulez toutes, mais il va vous dévorer.
MARTIRIO : Allons, faut retourner vous coucher.



MARIA- JOSEFA : Oui, mais après tu m’ouvriras ?
MARTIRIO : Bien sûr.





ADELA : Pourquoi me cherches-tu ?
MARTIRIO : Laisse cet homme !
ADELA : Qui es-tu pour me parler comme ça ?
MARTIRIO : Ce n’est pas ici la place d’une honnête femme.
ADELA : Mais tu meurs d’envie de l’occuper !!!
MARTIRIO : Ce petit jeu ne peut plus durer.
ADELA : Il ne fait que commencer. J’ai eu la force de faire le pas. L’audace et le mérite que tu n’as pas. J’ai vu la mort sous ce toit, je suis sortie pour chercher ce qui me revenait, ce qui m’appartenait !
MARTIRIO : Cet homme sans cœur est venu pour une autre. Tu t’es mise sur sa route.
ADELA : Il est venu pour l’argent, mais toujours ses yeux se posaient sur moi.
MARTIRIO : Il se mariera avec Angustias !
ADELA : Tu sais mieux que moi qu’il ne l’aime pas.
MARTIRIO : Je le sais.
ADELA : Tu sais aussi, puisque tu l’as vu que c’est moi qu’il aime !
MARTIRIO : Oui.
ADELA : C’est moi qu’il aime. C’est moi qu’il aime.
MARTIRIO : Arrête !



ADELA : Ça te rend malade parce que tu l’aimes ! Toi aussi tu l’aimes !

MARTIRIO : Mon sang n’est plus le tien ! Et même si je voulais voir en toi une sœur, je ne vois plus qu’une femme !
ADELA : Alors il n’y a plus rien à faire.

ADELA : Je ne supporte plus l’horreur de ces murs ...Je serai sa chose…